Le ministre de l’Intérieur ignore-t-il tout de la précarité des demandeurs d’asile ou s’en moque-t-il délibérément ?

Pour Gérald Darmanin, questionné au Sénat en aout 2022, « Aucune difficulté majeure n’a été relevée depuis la mise en place d’une carte de paiement (pour l’allocation de demandeur d’asile) en lieu et place d’une carte de retrait et cette mesure n’a en rien dégradé les conditions de vie des demandeurs d’asile. » Fait-il preuve d’ignorance ou de cynisme ? Ou bien les deux ?

La situation de précarité des demandeurs d’asile ne semble pas émouvoir les pouvoirs publics

En tout cas pas au sein du gouvernement qui a décidé, pour 2023, d’une baisse des crédits alloués à cette allocation de prés d’un tiers par rapport à 2022. Avec un budget passé de 491 à 315 milliards d’€, l’État a validé une baisse de près d’un tiers du budget de l’ADA.

A l’appui de quel argument?  Une baisse des délais de procédure et l’amélioration de la lutte contre les fraudes. Le sempiternel argument de la fraude qui rassure les électeurs repliés sur eux-mêmes et auxquels le gouvernement répète à longueur de BFM et consorts que l’étranger incarne la menace ultime.

Elle n’émeut surement pas le ministre de l’Intérieur qui entonne ses contres vérités sur l’ADA

Interrogé durant l’été par la sénatrice Frédérique Espagnac, le ministre a répondu par une série de contre vérités bien éloignées de la réalité que lui font remonter les associations avec lesquels il assure travailler « en lien étroit ». S’il y a quelque chose d’étroit, c’est sa connaissance du dossier.

Extraits de sa réponse à la sénatrice : (Réponse intégrale consultable ici)

La mise en place d’une carte de paiement, sans possibilité de retrait, permet, en limitant la circulation d’argent liquide, d’éviter que l’ADA serve à d’autres fins que celles d’assurer la subsistance du bénéficiaire au moyen de dépenses courantes sur le territoire national.

 

Les risques de fraudes et d’abus, liés à une trop grande liquidité de l’allocation, sont ainsi mieux maîtrisés.

 

Aucune difficulté majeure n’a été relevée depuis la mise en place d’une carte de paiement en lieu et place d’une carte de retrait et cette mesure n’a en rien dégradé les conditions de vie des demandeurs d’asile.

Le ministre vante même les vertus du cashback, censé permettre aux demandeurs d’asile d’obtenir des espèces dans certains commerces. Un dispositif qui ne fonctionne tout simplement pas. Ignorance? Cynisme? Ou bien les deux?

Le défenseur des droits avait pointé les défaillances de la carte ADA en juillet 2020

Depuis fin 2019, l’ADA est versée sur une carte prépayée utilisable uniquement sur un terminal de paiement TPE. Sa mise en place a été dénoncée par toutes les associations du secteur dont certaines avaient alors saisi le Défenseur des Droits.

Après avoir notamment entendu toutes les parties concernées, État et associations, il a pu rendre en juillet 2020 une décision explicite et toujours d’actualité.

La réforme de la carte ADA, alors qu’elle est présentée comme étant réalisée dans l’intérêt des demandeurs d’asile leur est en réalité très préjudiciable, au point d’affecter lourdement leur quotidien alors que des solutions alternatives moins attentatoires à leurs droits existent.

 

C’est le manque de liquidités dont ils ont besoin pour vivre qui contraint précisément les demandeurs d’asile à s’exposer à des vols et des formes de racket.

Dès 2019 la Cimade expliquait la véritable motivation derrière ce changement

A l’appui du rapport de la commission des finances pour le budget 2020, l’association de soutien aux réfugiés et aux déplacés créée en 1939, dénonçait le passage à une carte de paiement en exposant la véritable motivation de l’Etat.(Article LA CIMADE)

En raison du coût de gestion (4.72 M€ en 2018), le Gouvernement a décidé de transformer la modalité de la carte. (…) C’est donc pour une économie de huit centimes par mois et par carte (…) que l’on va compliquer la vie des personnes qui demandent asile

Didier LESCHI le directeur de l’Ofii sifflait déjà en 2019 le même air de pipeau que le ministre de l’Intérieur en 2022

Dès l’annonce de la transformation d’une carte de retrait en carte de paiement, Didier LESCHI (déjà directeur de l’Ofii) assurait œuvrer dans l’intérêt des demandeurs d’asile.

« La carte de paiement n’a pas pour enjeu de limiter les droits des demandeurs d’asile » entonnait alors l’Ofii jusque sur son compte Twitter.

Notamment car elle permettait de protéger les demandeurs d’asile qui ne seraient plus obliger de garder de l’argent liquide sur eux, ou ne les priveraient pas d’utiliser leur allocation sur des montants inférieurs à 10 € impossibles au distributeur (Voir: Article INFOMIGRANTS).

De la communication positive comme l’aime Didier LESCHI qui lui permet surtout d’occulter les alertes des associations qui travaillent au quotidien auprès des demandeurs d’asile.

L’ADA une allocation spécifique aux demandeurs d’asile

L’ADA est une allocation versée aux personnes en demande d’asile durant leur procédure pour leur permettre de subvenir à leur besoins élémentaires. Elle a été créée en application de directives européennes mettant en place un régime européen commun d’asile garantissant à tout demandeur un niveau de vie digne et des conditions minimales d’accueil. Ces conditions matérielles comprennent le logement, la nourriture, l’habillement, ainsi qu’une allocation journalière.

L’ADA fait partie du panel des allocations prévues dans le système social français et versées à une personne ou sa famille en situation de précarité, afin de lui assurer « un revenu minimal ». Mais alors que l’ensemble des minimas sociaux augmente pour suivre l’inflation, le montant forfaitaire de l’allocation versé aux demandeurs d’asile n’a pas bougé d’1 centime depuis sa mise en place en novembre 2015.

Minimas sociaux pour 1 personne au 1er juillet 2022

Dans un même temps, les prix à la consommation n’ont cessé d’augmenter dégradant les conditions de vie des plus précaires, dont les femmes, les hommes et les enfants en demande d’asile.

Plus de 4 ans après, la situation de précarité des demandeurs d’asile ne cesse d’empirer.
Après la mise en place d’un délai de carence de 3 mois à l’entrée en France ajoutant de la misère à la misère, quelles nouvelles mesures régressives vont bien pouvoir être proposées par Mr DARMANIN et ses conseillers déconnectés ?
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