Échanges entre Didier Dubasque du blog Écrire pour et sur le travail social et Cristina de Robertis, co-rédactrice du manuel « l’intervention sociale d’intérêt collectif : de la personne au territoire »à propos de la crise actuelle qui secoue les acteurs du travail social.
Quel regard porte Crisitina de Robertis sur la crise actuelle des recrutements dans le travail social, sa « faible attractivité », le fait que des diplômés quittent le secteur ?
« On peut se demander si cette crise est vraiment une crise de recrutement. Ne serait-elle plutôt liée à une série d’exigences et options inappropriées des politiques sociales et de leur mise en œuvre par des institutions bureaucratisées et rigidifiées ?
La question récurrente est : comment faire du vrai travail social dans un contexte si peu porteur ? C’est-à-dire comment prendre le temps qu’il faut avec les personnes pour les accompagner dans leur évolution à leur rythme ; comment adapter les dispositifs aux personnes et les utiliser comme des moyens en fonction de leurs besoins et non tenter, faute de mieux, de les faire rentrer dans des cases préétablies ;
Comment développer le pouvoir d’agir des personnes si nous-mêmes sommes contraints dans des protocoles, procédures, délimitations bureaucratiques qui enlèvent le sens de notre travail ? Je pense que le problème est là.
Le travailleur social face à un certain désenchantement
« Le travailleur social a besoin de sens, de pouvoir mobiliser des énergies positives et de s’occuper des personnes avec souplesse, initiative et créativité. Ces éléments sont manquants et peu pris en compte dans l’organisation actuelle des politiques sociales ; mener à bien un « vrai » travail social est une lutte permanente et les mouvements actuels le soulignent. Cela provoque un certain désenchantement.
Dans ces conditions, c’est peut-être un bon signe que les jeunes ne postulent plus aux formations des professions sociales, car elles ne correspondent pas à leurs idéaux de venir en aide aux personnes vulnérables, d’apporter leur concours à plus de justice sociale et de changement de la société. C’est là une réflexion à mener pour voir les problèmes de recrutement et de faible attractivité plus comme une résistance et une opportunité que comme une difficulté ».
Des salaires dérisoires…
« Le problème est aussi ailleurs : il y a certes ce manque de sens, manque d’autonomie et d’initiative, manque de possibilités et de réponses pour les personnes. À cette liste, on peut aussi ajouter des salaires dérisoires. Cette situation n’est pas exclusive au travail social, on retrouve cette même problématique de manière récurrente chez d’autres professions : enseignants, soignants… Évidemment, il faut que tout cela évolue. »
Didier Dubasque est l’auteur du blog dubasque.org – Écrire pour et sur le travail social. Il est aussi auteur de deux livres parus aux Presses de l’EHESP, anciennement personne qualifiée au sein du Conseil Supérieur du Travail Social puis du Haut Conseil du Travail Social (HCTS). Il a exercé pendant 29 ans au sein de du Conseil Départemental de Loire-Atlantique et a présidé de l’Association Nationale des Assistants de Service Social de 2002 à 2005 (puis vice-président de 2008 à 2011). Ancien secrétaire de l’ARIFTS, le centre de formation des travailleurs sociaux en Pays de Loire, « mon objectif est de témoigner des réalités et pratiques de travail social et de tenter, à ma mesure, d’enrichir la réflexion et la connaissance professionnelle des travailleurs sociaux. »
Cristina de Robertis travaille pour la revue de l’ANAS. Deux numéros en préparation de la Revue Française de service social vont, dit-elle, porter un éclairage remarquable sur la crise de recrutement dans le secteur du travail social. Le N° 285 qui sortira en juin 2022 s’intitule « Que veut le travail social ? » et le N° 286 à paraitre en septembre « Assistants de service social : combats passés, présents et à venir ». Cette question de la « crise d’attractivité » est constamment présente et abordée par des nombreux auteurs d’articles de la revue. Précisons que Cristina De Robertis est également présidente d’une association de prévention spécialisée (l’Association Prévention et d’Aide à l’Insertion – APEA) à la Seyne sur mer dans le Var.